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Utopies et contre-utopies

samedi 12 octobre 2013 par Valérie Phelippeau

À l’occasion d’un atelier d’écriture, les élèves ont produit des petits textes sur le thème de l’utopie ou sur celui de la dystopie. Merci à Sandrine Charlemagne pour avoir conduit cet atelier de main de maître.

Voici une sélection de leurs petits récits.

Candice et son frère Sébastien se retrouvèrent après cet incident, qui prit tout le monde de cours.
- J’ai eu du mal à te retrouver, avec toute cette agitation ambiante…Commença Candice.
- Et cependant il y a à peine dix minutes, nous marchions côte à côte pour aller au parc…
- A h oui, le parc… Il n’est plus là , ils reconstruiront peut-être quelque chose à la place.
- Ou peut-être pas, murmura-t-il du bout des lèvres.
- Je ne m’y attendais tellement pas. Qui pouvait nous y préparer ?
- Un choc d’une grandeur exceptionnelle, il est vrai.
- Une explosion grandiose ! J’en garde encore des frissons, regarde, fit-elle en désignant son bras à Sébastien pour lui montrer la chair de poule qui lui parcourait encore le corps.
Autour d’eux, tout le monde s’agitait et semblait s’élancer vers un but commun, mais cependant irréalisable. Reconstruire ce qui n’était plus.
- Peut-être le marchand de glace est-il encore présent, je raffole des glaces à la noisette qu’il nous prépare, sourit-il en y repensant.
- Dur à dire, il était tout prêt, tu sais…Tout près de la zone.
- Tant de membres sectionnés, tant de corps disloqués…
- Il ne fait aucun doute que chacun devra se débrouiller pour pallier les imprévus qu’a créé ce traumatisme, affirma Candice, pour dissimuler sa propre peur.
- À quoi t’attendais-tu ? J’ai déjà eu affaire, enfant, à ce genre d’émotion, quand tu n’étais pas encore née. Il n’est pas difficile de se rappeler à quel point cet incident va dérouter toute la population. Je ne pensais pas revivre cela une deuxième fois. Je ne le souhaiterais à personne, et pourtant…
- Pourquoi ce ton si emprunté ? s’indigna-t-elle. Ne fait pas ça avec moi, s’il te plait.
- Candice…s’impatienta-t-il, comment parler de ce qui vient de se passer avec des mots ? C’est un évènement qui dépasse notre entendement : des gens ont péri dans ce heurt, d’autres qui l’ont frôlé…Et j’ai du mal à exprimer cela avec des mots « politiquement corrects ». Certains garderont ce traumatisme enfouis en eux pour le restant de leurs jours, parce qu’ils ne reverront plus jamais leur père, leur sÅ“ur... J’aurais pu te perdre aussi…
Elle ne vit pas d’autre solution que de le prendre dans ses bras pour essayer de calmer son chagrin.
- Comment expliquer ce qui vient de se passer sans employer les mots bannis, interdits , hein ? reprit-il.
- Peut-être que, dans certains cas il ne faut pas parler du tout…lui fit-elle comprendre à mi-voix.
La ville venait d’assister à l’explosion d’une bombe, avec près de 500 morts, et chacun accusait le coup à sa manière.

Manon D.


A : janem@hotmail.co.uk
De : clarissed@hotmail.fr
Objet : Nouvelles de France
27 février 2014

Chère Jane,
J’espère que tu vas bien et que tu es bien installée dans ton nouvel appartement. De mon coté, les choses ne se sont pas passées comme prévues.
En effet, depuis que tu es partie pour l’Angleterre, beaucoup de choses ont changé dans notre pays.
Je me doute que tu as dû voir aux informations les nombreux attentats, émeutes et la forte croissance de la violence qui a touché la France l’année dernière. Une psychose s’est alors installée chez les citoyens : plus personne n’osait sortir de peur de se faire agresser. Le gouvernement a donc mis en place un couvre-feu, mais qui n’a pas fonctionné puisque la violence persistait.
Le président et ses ministres ont adopté alors un projet de loi visant à faire régner l’ordre. Cette réforme a été votée par l’Assemblée Nationale et le Sénat fin décembre 2013, en l’espace de moins d’un mois, avec la création d’un ministère spécialisé. Maintenant, chaque habitant est surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Ce ministère traque la population à travers des caméras, qui ont été tout d’abord renforcées dans les lieux et bâtiments publics et qui au fur et à mesure sont installées dans nos propres maisons.
Nous vivons avec plusieurs micro-caméras, invisibles à l’Å“il nu, disposées dans chaque pièce de la maison exceptés les toilettes et la salle de bains, heureusement !
Seule une infime partie de la population, composée des membres du gouvernement, ne "bénéficie" pas de ces caméras car elle a un droit de vie privée ou de confidentialité. Ces caméras déclenchent différents avis au sein de la population.
Ce matin, par exemple, « Le Figaro » publiait un sondage dans lequel 90% de la population française était favorable à cette réforme. Cependant, je ne suis pas de cette grande majorité.

Ces caméras ont fait naître en moi malaise, peur et insécurité. Je ne sais pas si tu te rends bien compte de la situation mais être observé en permanence est extrêmement terrifiant ! J’en ai fini par changer mes habitudes de vie et mon comportement par crainte d’être arrêtée pour avoir mal agi.
Tout ceci a tellement bien fonctionné que le gouvernement ne s’arrête pas là . Il prévoit de créer une nouvelle réforme où des micros et des caméras seraient intégrés dans nos vêtements, mais aussi dans les objets de tous les jours tels que le téléphone, l’ordinateur…
Cet e-mail n’a pas pour but de t’effrayer mais de te mettre en garde puisque cette réforme est actuellement en train de se propager dans de nombreux pays d’Europe comme l’Allemagne ou l’Espagne. Cela ne m’étonnerait pas que, d’ici peu, tu entendes parler de cette réforme en Angleterre.
Malheureusement ce mail d’avertissement est peut être l’un des derniers que je t’adresse puisque très prochainement les lettres et les mails seront contrôlés par le ministère de la Surveillance Technologique et Postale.

J’espère de tout cÅ“ur que cette réforme ne touchera pas ton pays. Je souhaite avoir la chance de te voir bientôt en Angleterre pour échapper quelques semaines à cette surveillance.
A bientôt.

Clotilde et Mandy


Le 24 février 2085, à 14h38, lors d’une réunion du conseil international de la surveillance citoyenne, les gouvernements des pays prirent une décision radicale. Suite aux mouvements de révolte après l’installation de caméras panoramiques dans les maisons privées en plus de celles déjà installées dans les rues et à l’intérieur des structures publiques, le gouvernement mondial a pris la décision de lobotomiser les habitants de 15 à 60 ans, c’est-à -dire toutes les personnes ayant subi « le choc de la télésurveillance ». Effectivement cette partie de la population, ayant l’esprit critique, s’est vite rendu compte du complot gouvernemental contre leur liberté de déplacement et a très rapidement développé un mouvement de révolte appelé « l’élévation du peuple ». Les vagues de lobotomisation ont commencé dans les pays développés, à la naissance des révolutions. Tous les jours, des centaines de personnes furent lobotomisées par tranche d’âge, allant des plus vieux aux plus jeunes. Avant 15 ans, on laissait les enfants tranquilles car ils ne comprenaient pas le monde dans lequel ils vivaient, et au dessus de 60 ans, la vie des personnes n’étaient plus réellement importante aux yeux des politiciens, alors lors de leur départ à la retraite, on les euthanasiait tel des animaux. Retour ligne automatique
Le 19 aout 2087, Caroline, Johann et moi, menottés les un avec les autres, sommes conduit à notre opération, Caroline pleure. Elle a peur et je la comprend. Si je n’étais pas été aussi fier, j’aurais pleuré moi aussi. Des hommes en uniforme pseudo-militaire, nous ont allongés sur des sièges de dentiste. D’un mouvement contrôlé et synchronisé, les 3 hommes nous attachent aux sièges avant de mettre leurs gants en latex. Ils se mettent à nos côtés, un clou en mains et commencent le décompte. 5 … 4 … 3 … 2 … 1 … Le clou s’approcha de notre Å“il, et d’un coup de marteau, il s’y enfonça créant une douleur insoutenable et faisant disparaitre toute source de lumière. Mon corps est secoué de convulsions, je sens mon sang dégouliner sur mon torse. J’ai mal, mon Å“il valide devient fou et ma tête me brûle de l’intérieur. Je me débats encore et encore mais, pris de fatigue, je finis par m’évanouir.

Je me suis réveillé dans une chambre, l’Å“il sous mon pansement me piquait.Retour ligne automatique
" Bonjour", dit un homme en blouse en entrant dans la pièce, "je vais vous faire un rapide topo. Vous vous appelez Alex, vous êtes tombé dans un coma de 2 mois suite à l’explosion de votre maison. Grâce au progrès de la médecine, vous n’aurez aucune séquelle à part votre Å“il qui se reconstruit doucement".

C’était faux. Je n’avais pas eu d’accident et j’avais encore moins été victime d’une explosion, à part l’explosion de mon Å“il. Tout me revenait par flash. Le couloir, la salle, le siège, les sangles, les médecins, le clou, le marteau, la douleur, le noir, Caroline, Johann. J’avais envie de hurler. J’avais envie de m’échapper. Je me rappelais le pourquoi de ma lobotomisation, apparemment ratée : les caméras. Avaient-ils réussi ? Avaient-ils réussi à imposer les caméras partout ? Le peuple avait-il accepté d’être sous surveillance constante ? Caroline avait-elle survécue à l’opération ? Et Johann ? Il fallait que je les retrouve. Je me levai doucement de mon lit d’hôpital et posai un pied a terre, puis deux, retrouvant les sensations de mon corps. Je me mis debout, m’accrochant aux barreaux, et commençai à avancer. Je posai la main sur la poignée de la porte, à peine celle-ci abaissée qu’une sirène se déclencha. Des bras mécaniques sortirent des murs pour venir m’enserrer les bras et m’empêcher de bouger. Une caméra, accrochée au plafond au départ, s’en détacha et vint se placer à quelque centimètre de mon visage. L’homme revint dans la chambre.

- " Qu’est ce que vous m’avez fait ?" demandai-je. L’homme parut surpris de m’entendre parler.Retour ligne manuel
- " Comment vous avez retrouvé l’usage de la parole ?" hurla-t-il après un instant de silence.Retour ligne manuel
- "Je n’en sais rien ! " répondis-je, "vous avez raté votre opération. Pourquoi est-ce que vous faites ça ?"Retour ligne manuel
- "Il fallait réguler les mouvements de révolte, le peuple ne comprenait pas que toutes les mesures prises au niveau de la surveillance étaient pour les protéger".Retour ligne manuel
- "Foutaise ! Vous nous avez privés d’un droit fondamental. Nous avons le droit de nous déplacer où nous voulons sans que tout le gouvernement soit au courant ! ", répliquai-je en lui crachant aux pieds. "Ce nouveau système de sécurité passe tout le monde au crible, personne n’est jamais porté disparu, le gouvernement sait exactement où est chaque individu sur la planète". Retour ligne manuel
- "En tout cas vos amis ne sont pas du même avis que vous", répliqua-t-il avec un sourire méprisant.

Un écran de télévision sortit du sol. Il était divisé en deux pour afficher d’une part Caroline, assise sur une chaise devant un verre d’eau, le regard vide et sans vie, et de l’autre part, une tombe.« Votre ami Johann a un peu trop protesté même après qu’on lui a effacé la mémoire", expliqua-t-il," c’est bien dommage. Cette délicieuse Caroline par contre est très coopérative et s’adapte plutôt bien à son nouvel environnement. Voulez vous finir comme Johann ou comme Caroline" ?

Je sentis la haine m’envahir et essayai une dernière fois de me débattre. L’homme prit cela comme une preuve de rébellion. Il claqua des doigts et deux autres hommes en costume militaire, le même que ceux qui m’avaient enfoncé le clou dans l’Å“il, entrèrent et me prirent les bras à la place des bras mécaniques. Ils me mirent à terre et me trainèrent dans tout l’hôpital, passant devant les patients. Ils me sortirent dehors et me mirent au centre de place devant l’hôpital, la place des exécutions. Mon cÅ“ur s’emballa, c’était la fin.

« Cet homme est contre les principes de notre société, cria un des hommes de mains, il tente de retourner le gouvernement ! »

Je n’ai pas eu le temps de me défendre, du ruban adhésif sur ma bouche. Je voulus me débattre, je secouais tous mes membres et battait des pieds sur les tibias des deux molosses, mais rien n’y faisait. Ils me mirent à genou et me pointèrent un fusil sur la tempe. Une foule de plus en plus grande s’amassa devant l’estrade pour observer ce spectacle. Mon cÅ“ur battait la chamade et les larmes me montèrent aux yeux. Le coup partit et tout recommença, la douleur, le noir … Sauf que je ne me réveillerai pas.

Cyrielle D.


Noir


Je marchais dans la rue, d’un pas rapide et décidé, le visage aussi indifférent que possible. C’était préférable, si on ne voulait pas être pris pour un C., un Criminel.
Ils rôdaient partout, nous assurait le Système, et c’est pour cela qu’à chaque croisement, chaque rue, chaque place, se trouvaient des militaires, membres de l’Armée-Sécurité, qui veillaient continuellement. Un C. pouvait entrer chez vous, voler tous vos biens, tuer votre famille et réduire votre vie à néant en l’espace de quelques secondes. C’étaient des personnages dangereux qui n’avaient pas de place dans le Système et qui, de ce fait, faisaient tout pour le détruire. Pour ces raisons, il était impératif que l’Armée-Sécurité contrôle les passants et tous les individus en général qui auraient pu être ou devenir des C. Pour les trouver et les ’évacuer du Système", les militaires ne se fiaient qu’à une seule chose : l’apparence.
Un regard envieux ou haineux suffisait à vous accuser de crime passionnel potentiel (CP²) ou de crime de non-respect des autres (CNRA). Un peu trop de maquillage, et vous étiez une criminelle de la prostitution (CP). Une paire de lunettes de travers, vous deveniez un criminel de non-esthétisme. Le moindre détail qui ne correspondait pas exactement aux normes fixées par le Système devenait condamnable.
Les lois de la Criminalité avaient été écrites en très peu de temps et continuaient à s’écrire. Le Système les avait fait accepter avec une facilité déconcertante, au nom du Bien Public. Ce Système était dirigé par une élite, un groupuscule qui réglait toute notre société dans ses moindres détails. Il avait déterminé les caractéristiques parfaites du citoyen parfait, et les marges de liberté/variation pour chacun de ces critères.
Mais je crois que le pire aspect de cet univers était le pouvoir des Marques. Elles existaient bien sûr depuis des années, mais avaient pris une folle ampleur depuis la mise en place du Système. Omniprésentes, elles définissaient un monde basé sur l’inégalité. Les plus riches, contre des primes frôlant l’obscénité, livraient leur propre famille, en les accusant d’être des criminels. Ils portaient les plus grandes Marques du Système, roulaient dans des voitures confortables aux reflets d’or et d’argent, portaient des vêtements des grandes Marques, fondées par des couturiers célèbres. Les plus pauvres, eux, vivaient misérablement, dans des habitations construites avec des matériaux de récupération, sur lesquels étaient apposés les noms et logos des marques les plus bas de gamme. Lorsqu’on parlait de cette classe sociale répugnée du Système, on la nommait sous-classe.
Ainsi, porter telle ou telle marque affichait votre niveau social, tout comme la marque qui sponsorisait l’école de vos enfants. Cela aurait pu entraîner une forme de violence envers les "sous-marque" et une haine envers la "sur-classe", mais puisque le regard même pouvait être signe de criminalité, la violence était inexistante. Cependant, une haine permanente envers tous les autres habitait chaque citoyen. Cette colère, sans cesse refoulée, permettait au Système de renforcer son contrôle sur la population. Une certaine forme de discrimination persistait pourtant, mais pas au sein de la population : elle était due à l’Armée-Sécurité.
En effet, les porteurs de marques luxueuses pouvaient se mettre leurs lunettes de travers si bon leur semblait tandis que le sous-classe pouvait à peine bouger les sourcils sans risque d’être éjectée du Système. Ce favoritisme creusait encore plus le fossé séparant les classes sociales, la classe moyenne considérant de plus en plus la sous-classe comme une organisation de C. et la sur-classe cille de prétentieux privilégiés qui n’étaient jamais évacués.
Cette sentence était la seule punition en vigueur du Système. Le vol de pomme et le meurtre d’enfant étaient punis de la même façon, par l’évacuation. Nombre de rumeurs couraient sur la signification de ces trois mots : "évacuation du Système". On racontait que tous les C. ou C. potentiels étaient enfermés dans les sous-sols du siège du Système, dans l’attente de la mort, sans eau ni nourriture. D’autres affirmaient qu’ils étaient tués, découpés en morceaux et revendus comme pièces de viande à des marques piteuses de restauration. Cette seconde hypothèse justifiait le goût atroce de ces repas de sous-classe et le fait que le Système les tolère. Le dernière possibilité était la plus incroyable car elle prétendait l’existence de limites au Système : ce monde aurait alors des frontières, derrière lesquelles il n’y avait aucun pouvoir. On supposait l’existence d’un monde libre où l’on envoyait tous les C., pensant qu’ils créeraient l’anarchie et s’entretueraient.
Mais si ce monde existait, il était forcément meilleur que celui-ci, condamné au joug du Système et des marques.
Certes, nous vivions en totale sécurité grâce aux continuelles évacuations de C. et à la surveillance stricte de l’Armée-Sécurité. Mais plusieurs longues années s’étaient écoulées depuis la création du Système, et les C. commençaient à se raréfier. Il n’y avait pas eu de véritable crime depuis près de quatre ans. Le vol, la violence, le meurtre avaient été éradiqués. Alors à quoi servait encore le Système ? À éviter une récidive ? Le crime reprendrait-il, si le Système était renversé ? La population risquait-elle de répéter les erreurs passées qui lui coûtèrent la Liberté ?
je continuais à marcher. Sur ma veste, le nom d’une marque moyenne était imprimée en vert fluo. Oui, parce que les marques ne se contentaient pas d’être apposées discrètement sur une étiquette. Elles devaient être facilement lisibles pour l’Armée-Sécurité et prenaient autant de place et de couleurs que possible. Rappel constant de la vie de conformité que nous menions, du jugement que tous portait sur tous. Une agression visuelle permanente.
Tous les citoyens que je croisais portaient des couleurs laides et mal assorties, trop brillantes, trop intenses. Des couleurs trop colorées. On les retrouvaient aussi sur tous les murs avec les publicités. Il n’y avait pas une façade nue : uniquement des affiches aux couleurs des marques qu’elles voulaient faire vendre, en vantant le prestige et le respect, le surplus de vie, qu’elles vous apporteraient si vous les achetiez.
J’arrivais à peine à garder les yeux ouverts, du moins jusqu’au moment où je le vis. Un homme. Il avançait tranquillement dansn la ville, vêtu d’un tee-shirt noir. Une couleur qui n’en est pas une et qui n’existait presque plus. On en trouvait parfois, sur les toits des maisons où pourtant chaque plaque d’ardoise était tamponnée du logo jaune ou rouge de sa marque. Le vêtement de cet homme était noir. Simplement noir. Rien, pas un symbole, ni une lettre, ni un nom, ni une couleur. Noir. Et c’était tellement simple de refuser le Système par le non-port des marques que personne n’y avait jamais songé. Je compris aussitôt que tout allait bientôt changer. les gens censés commenceraient à porter des vêtements noirs, contre lesquels le Système ne pourrait rien faire. Nous allions le renverser. Le monde allait changer. La population allait se vêtir de noir et le Système pourrait bien l’accuser de Non-Soutien aux Industries Nationales, mais cela n’aurait plus de rapport avec la sécurité. Les arrestations n’auraient aucun sens. Les marques perdraient peu à peu leur pouvoir, et le Système s’effondrerait avec elles. Nous allions pouvoir construire une société neuve, lavée des inégalités sociales et du conformisme. Un monde dénué de contrôle. L’avenir nous appartenait.
Julie A.


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